L’écriture…

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Galets bretons. Ne pas confondre, même avec l’âge, avec les galettes bretonnes.

L’écriture est certes un véhicule qui permet à celui qui l’emprunte de s’échapper de certaines contraintes. Le voyage peut mériter des passagers mais du moteur, on s’en contrefiche.
C’est l’un de mes projets pour 2016. J’aimerais aussi réunir mes poèmes en un recueil. Enfin, dans mes projets publics, il y a évidemment la poursuite de mes activités journalistiques, à « Entre les lignes », et…
Et au fond je n’en sais rien. L’avenir est ouvert. Je veux juste, en 2016, ne pas devoir répondre au défi quotidien de l’écriture, mais celui-ci m’a appris que sans discipline et sans régularité, le Tour de France se transforme en excursion de cyclo-touristes vétérans.

Voilà ce que j’écrivais à la fin de 2015, mon marathon à moi, mon 365 km marche, un billet par jour, toujours consultable d’ailleurs.

Eh bien, contrairement aux apparences, j’écris toujours. Et d’un j’ai préparé un recueil de mes poèmes et trouvé un éditeur (ce qui relève du miracle) et de deux je termine un polar historique qui se passe dans le milieu du journalisme bruxellois en 1950. Sans compter mes articles d’Entre les lignes

Et pour vous récompenser de votre patience, je vous offre un petit quadrupède récemment ciselé.

Passant pensant
Ton temps passa
À petits pas
Trop peu pressants

Tu ne vis pas
Vieillir ton sang
Soudain tu sens
Venir le drap.

Le journal extime n° 18 – paraît régulièrement de façon irrégulière.

Bon anniversaire, Madeleine!

 

La photo date déjà d'il y a quelques années... Elle a été prise le 30 juillet 2009 à 15 heures 07.

La photo date déjà d’il y a quelques années… Elle a été prise le 30 juillet 2009 à 15 heures 07.

Aujourd’hui Madeleine a son anniversaire
À cause de la barbe elle prend son grand-père
Pour un nouvel Hugo. Elle m’a réclamé
(Ayant vu sur mon blog la photo d’un bébé
Et reconnu sa sœur) d’avoir la sienne aussi.
Elle porte le nom d’un beau fleuve d’ici,
Aime les enveloppes, les études et le jeu.
Ses yeux ont des paillettes qui se mêlent au bleu.
Comme elle zézayait! La voilà qui grandit,
Qui prend ses décisions – cette petite-fille
Que ses oncles adorent pour son côté modèle
Arpentera la vie en étant sûre d’elle.

Un cadeau n’est précieux que s’il est plein d’amour
Tu es à mi-chemin et bientôt à ton tour
Tu verras que tout passe mais que reste une chose
Avoir été aimée comme une unique rose
Te donneras la force d’affronter les tempêtes
Mais aussi les escales dans ce monde un peu bête
Cependant si joli qui va t’appartenir.
C’est toi qui nous diras quel est ton avenir.

Bon anniversaire, Madeleine! Grand-père Jean.

Le journal extime n° 15 – paraît aussi quand Madeleine l’exige.

La guerre du nénufar

T'es qui, toi?

T’es qui, toi?

On me somme de prendre position dans ce qui est généralement appelé la guerre du nénuphar selon les uns ou du nénufar selon les autres, et c’est là tout le problème.

Ah, le nénuphar si joli avec son exotique ph…

Il y a dans nénuphar
Tout un mystère dont le fard
Se cache dans ces deux lettres
Qu’il ne faudrait pas omettre

Pas du tout, c’est un mot arabe, il faut faire comme Proust, le célèbre père de la madeleine, écrire nénufar…

C’est au beau mois de safar
Que j’aime les nénufars
Que reflète le miroir
Des eaux paisibles du soir

Je ne départage personne. En voulez-vous une preuve? Regardez la photographie. C’est un lotus.

Lotus ou nénuphars qui ornez les étangs
Les hommes en passant ne savent quel miracle
Vous fait terre et bateau et cherchent en peignant
À fixer pour toujours ce fragile spectacle

Les nymphéas sont des nénufars. Ou devrais-je écrire que les ninféas sont des nénuphars?

Vous avez entre les mains (tout est symbole) le numéro 8 du journal extime. Le neuf? Quand bon me semblera. Mais je vous préviendrai.

Vieux pélican

Garçon, de quoi te doutais-tu?

Garçon, de quoi te doutais-tu?

Papa pied-noir
Maman wallonne
Il faudra voir
Ce que ça donne

Il est malin
Ce gamin-là
Il apprend bien
Il aime ça

C’est en Hollande
Qu’ils sont partis
À la demande
D’on ne sait qui

Papa travaille
Maman s’ennuie
Ça la tenaille
Elle le dit

C’est bien trop loin
De ses parents
Elle veut un coin
Équidistant

Petite sœur
Tu vas marcher ?
Un grand malheur
Nous a frappés

À Schéveningue
Lycée français
Jeune unilingue
Sans néerlandais

Airelle Éliane
Arjen et toi
Presque gitane
Ma Dragiça

Et puis Bruxelles
Arrachement
Ville nouvelle
Plus comme avant

Ici les gens
Ont l’air gentil
Mais leurs enfants…
C’est mal parti

Ah c’est facile
D’être premier
Puisque Motyl
S’en est allé

Je le retrouve
Sautant la classe
Lui il m’approuve
C’est l’as des as

Puis au lycée
Pas une fille
Mondes cachés
Mais qui s’épient

Toujours plus jeune
Que les copains
Moi je déjeune
À la maison

Ils ont seize ans
Vont au ciné
C’est déplaisant
Ça va passer

C’est la rhéto
Bientôt la fac
J’ai mon bateau
Je suis d’attaque

Une Flamande
M’apprend l’amour
Je me demande
À qui le tour

Mais la chimie
Dis-moi pourquoi ?
C’est une amie
Mon p’tit papa

Fais donc l’histoire
Ça t’irait mieux
Tu peux me croire
Mon petit vieux

Non non papa
Tu es chimiste
C’est pas pour ça
Et moi j’insiste

Mais mon papa
Mort en janvier
Ne verra pas
Mon vrai métier

J’écris je vis
Je ris je bouge
Mais j’étudie
Je deviens rouge

Mai 68
C’est décidé
Aller plus vite
Et travailler

Ah, journaliste,
Très indiqué !
Suis donc la piste
Des révoltés

Changer le monde
Vaste programme
Le monde gronde
Même les femmes

J’en épouse une
J’ai vingt-cinq ans
Et dans les dunes
Jouent mes enfants

Une maison
Des beaux quartiers
Retapissons
Le monde entier

Cette impatience
Face au pouvoir
J’ai la science
Vous allez voir

Ans immobiles
Tournant en rond
Tâches débiles
Comme c’est long

Je deviens star
C’est la justice
Qui par hasard
Fait mes délices

Un chroniqueur
Dit judiciaire
C’est mon bonheur
Ne plus se taire

Un couple casse
Déjà fêlé
Mais moi je passe
Sans trop pleurer

Mes deux enfants
À élever
C’est eux devant
Priorité

Un autre amour
Un vrai roman
Mais c’est très lourd
Et je me mens

J’insisterai
Et bien plus tard
Vous le verrez
Toute une histoire

C’est au Vietnam
Qu’ils seront nés
Mes Trung et Nam
Jumeaux bébés

Mais entre-temps
Placardisé
J’avais du temps
À occuper

Retour en fac
J’ai fait l’histoire
Sans aucun trac
Il faut le croire

(Si j’avais cru
En quelque dieu
J’aurais, ému,
Pensé au vieux)

Je vais trop vite
Et j’anticipe
Avant la suite
Quelques principes

Je crois en l’homme
J’aime les choses
Trop bonne pomme
Un monde rose

J’aime les gens
L’humanité
Au fil des ans
Va progresser

Les deux bébés
Ont bien grandi
(Ils sont allés
Tout seuls au ski)

J’ai cru mourir
J’ai arrêté
Sans coup férir
De travailler

J’étais grand chef
J’ai tout laissé
Pour faire bref
Jusqu’aux billets

Le seul trésor
Que j’ai gardé
Avant la mort
C’est respirer

Encore un couple
Qui se décolle
Je suis très souple
Mais pas si mol

Que vas-tu faire
De ton temps libre ?
Les êtres chers,
Leur équilibre…

Tu mens un brin
Tu vas aussi
Être gamin
Quelle idiotie

Vieux pélican
Tu veux donner
Mais dis-moi quand
Tu vas cesser

Jamais jamais
Je continue
Un peu moins frais
Je me remue

Jamais jamais
Je ralentis
Un peu plus laid
Et je survis.

Le journal extime n°7 – paraît à chaque fois qu’il sert d’autobiographie.

 

Le sort de l’homme

Encore quelques photons, Messire, je vous prie!

Encore quelques photons, Messire, je vous prie!

Robot Phylae
Tu vas crever
Car tes cellules
Sont toutes nulles

Sans le soleil
On est pareil
Sur la comète
Ou la planète

Le sort de l’homme
C’est ça en somme
Tout est prévu
Sauf l’imprévu

De très beaux rêves
Avant qu’on crève
Réalisés
Plus qu’à moitié

Car ce qui manque
Au saltimbanque
C’est trois fois rien
Tout allait bien

Mais à la fin
Ce gros malin
Doit bien se dire
Que c’est délire

Il faut mourir
Sans tout finir
Sans tout maudire
Sans en souffrir

Robot Phylae
Tu vas claquer
Tu as donné
Mais pas assez

Le sort de l’homme
C’est ça en somme
Rien n’est complet
Ni achevé.

Le journal extime n°5 – paraît à la mort de chaque robot stellaire.