L’écriture…

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Galets bretons. Ne pas confondre, même avec l’âge, avec les galettes bretonnes.

L’écriture est certes un véhicule qui permet à celui qui l’emprunte de s’échapper de certaines contraintes. Le voyage peut mériter des passagers mais du moteur, on s’en contrefiche.
C’est l’un de mes projets pour 2016. J’aimerais aussi réunir mes poèmes en un recueil. Enfin, dans mes projets publics, il y a évidemment la poursuite de mes activités journalistiques, à « Entre les lignes », et…
Et au fond je n’en sais rien. L’avenir est ouvert. Je veux juste, en 2016, ne pas devoir répondre au défi quotidien de l’écriture, mais celui-ci m’a appris que sans discipline et sans régularité, le Tour de France se transforme en excursion de cyclo-touristes vétérans.

Voilà ce que j’écrivais à la fin de 2015, mon marathon à moi, mon 365 km marche, un billet par jour, toujours consultable d’ailleurs.

Eh bien, contrairement aux apparences, j’écris toujours. Et d’un j’ai préparé un recueil de mes poèmes et trouvé un éditeur (ce qui relève du miracle) et de deux je termine un polar historique qui se passe dans le milieu du journalisme bruxellois en 1950. Sans compter mes articles d’Entre les lignes

Et pour vous récompenser de votre patience, je vous offre un petit quadrupède récemment ciselé.

Passant pensant
Ton temps passa
À petits pas
Trop peu pressants

Tu ne vis pas
Vieillir ton sang
Soudain tu sens
Venir le drap.

Le journal extime n° 18 – paraît régulièrement de façon irrégulière.

Wilmots bashing

Dégage, Marc!

Dégage, Marc!

Encore que je sois supporter des Bleus, comme chacun sait depuis mon coming out de 1982 publié dans « Le Soir » et m’ayant valu quarante-sept lettres d’injure, je n’oublie pas que je dispose d’une nationalité que le monde entier enviait jusqu’à vendredi : la belge. Je suis donc secondairement supporter des Diables rouges, et à ce titre plus qu’à celui de journaliste, je me sens légitime pour donner comme tout le monde mon avis sur Marc Wilmots. Doit-il ou non rester à la tête de l’équipe belge de football ?

Comme tout le monde, disais-je, je vais résumer le problème avant de livrer mon verdict, qui sera sans appel (et probablement aussi sans effet).

Pour. Marc Wilmots doit rester. Il a été victime d’une malchance crasse décimant sa défense et forcé de jouer un quart de finale avec des U21. Après tout se qualifier deux fois de suite pour les grands messes du ballon rond et n’en sortir qu’en quart (sortir en quart est plus glorieux que rester dans le car), ce n’est pas si mal.

Contre. Marc Wilmots doit partir. Il a viré sous prétexte de blessure l’un de ses meilleurs arrières comme un malpropre, ce que son équivalent allemand s’est bien gardé de faire en la personne de Schweinsteiger. À la place il a sélectionné un inconnu qu’il a laissé sur le banc. Il a géré son vestiaire comme son mandat de sénateur MR (voire pire, si c’était possible).

Pour. Il a amené les Diables rouges à la première place du classement Fifa.

Contre. Il faudrait aussi virer le malade qui a imaginé les calculs de ce classement.

Pour. Il n’a perdu que quatre matches en compétition officielle. Belle efficacité.

Contre. Dont deux contre le Pays de Galles. Il n’apprend rien de ses erreurs.

Pour. Il a donné une âme et une cohésion à l’équipe. Sans lui, la petite Belgique existerait-elle encore ?

Contre. Il ne coachait rien du tout : celui qui le faisait, c’était Vincent Kompany. Les Flamands susurrent qu’il y a trop de francophones dans cette équipe.

Pour. Il a réussi à allier le côté battant des Belges, style le plus brave des peuples de la Gaule, avec la classe évidente de certains de ses joueurs.

Contre. C’est tout à fait par Hazard et d’ailleurs lui et De Bruyne se marchent sur les pieds. Et s’il garde Lukaku en pointe, c’est parce que son style de jeu ressemble à celui qu’il affichait lui-même comme joueur, quand on l’appelait le bison de Dongelberg.

Pour. Il n’est pas le seul à avoir failli : Conté a oublié d’exercer les Italiens aux tirs au but et ne parlons même pas de ce malheureux Hodgson, responsable d’un second Brexit en moins d’une semaine.

Contre. Perdre contre le Pays de Galles n’est-il pas du même ordre que se faire sortir par l’Islande ?

Pour. Il a un contrat coûteux à casser, obtenu dans l’euphorie, preuve qu’il est malin.

Contre. Le tableau des Belges était on ne peut plus favorable : un éminent confrère a parlé de piste d’aviation vers le stade de France. Une sortie de piste est pire qu’une sortie de route.

Bon, bref, au bout du compte ?

Au bout du compte je m’en fous : allez les Bleus !

Le journal extime n°17 – eh oui, ça faisait longtemps, mais ça paraît quand je veux et j’écrivais autre chose dont je vais bientôt vous parler.

Avril au Portugal

C'est à Coimbra qu'on a créé "Avril au Portugal".

C’est à Coimbra qu’on a créé « Avril au Portugal ».

Vous avez droit, dans votre existence de stress, à quelques jours de vacances pour réchauffer vos vieux os et oublier, l’espace d’un moment, la grisaille de la météo et de l’actualité. Vous mettez le cap vers le Portugal à cause d’une chanson idiote dont vous allez apprendre qu’en VO, elle chante les merveilles de Coïmbra, entassant dans votre bagage cabine des vêtements légers (qui vous paraissaient chauds en Grèce il y a six mois) tout autant qu’une compagnie aérienne bien connue pour ses tarifs et sa politique sociale vous le permette.

Vous décollez à 6 h 50 du matin. Debout à trois heures: il fallait en théorie être là trois heures avant le décollage. Allons, il n’y aura jamais autant de monde! Vos fils se sont dévoués: ils vous ont déposé au milieu de la nuit. Et déjà, vous auriez dû vous méfier: il a fallu faire à pied le dernier kilomètre. Une foule, à l’aéroport de Charleroi, à quatre heures et demi du matin! Des rangs bien compacts qui espèrent que nul Kalachnikov ne traîne…

Enfin l’avion ne décolle qu’avec une demi-heure de retard et quand vous atterrissez, vous n’êtes pas à Porto, on vous ment, ce n’est pas possible: un petit crachin belge, un petit dix degrés dans les normales saisonnières…

Eh bien si. Et ce n’est qu’un début, continuons le glagla…

Vous aviez pris trois pulls? Entassez-les chaque jour sur la chemise à manche courte. Et bénissez l’inspiration soudaine – le Portugal est un pays atlantique, il risque d’y avoir une averse, comme en Bretagne – qui vous a poussé à glisser dans la poste de la veste légère, vaguement imperméable, ce magnifique chapeau de pêcheur kaki qui fait pousser des cris aux autres…

Et cela fait des jours et des jours que cela dure. De temps en temps il y a un rayon de soleil, c’est vrai, et je ne parle pas de la gentillesse des Portugais que vous aurez été heureux de retrouver bien en place, 22 ans après votre dernier reportage sur les lieux, lui-même vingt ans après la révolution des oeillets. Mais on vous le jure: jeudi, à Lisbonne, il fera beau. Jusqu’à vendredi, peut-être.

Si je meurs d’insolation, je vous préviendrai.

Le journal extime n° 14 – 100% lavable dans l’eau du Douro.

 

Que pense Salah Abdeslam dans sa cellule ce soir?

Merci, Jean.

Merci, Jean.

Que pense Salah Abdeslam dans sa prison ce soir ?

Nous sommes tous sous le choc, comme à Paris l’an passé, Charlie, le 13 novembre,… Paris que j’aime, Bruxelles où je vis le plus souvent, mes racines, la France, la Belgique, mes deux pays…

Dans sa prison, Salah Abdeslam, citoyen français à l’accent bruxellois, se moque bien de savoir s’il est français ou belge. Il doit savourer le moment. Il doit ressentir l’exaltation de la victoire qu’il cache sans doute sous ses airs de faux repenti.

Je ne sais pas ce qu’il pense. Je peux juste supposer. Mais s’il veut savoir ce que je pense, voici. Je pense qu’aucun système, même le plus violent, n’a réussi à imposer sur le long terme ce qu’il espère instaurer. Les SS, Hitler, ce n’était pas mal dans le genre, non ? Ces branquignols, dont les bombes n’exposent pas toutes, dont les armes s’enraient, ces pieds nickelés qui se font sauter au milieu de nulle part au stade de France ou dans une nuage de plumes comme Brahim Abdeslam, ils sont dangereux, bien sûr, mais à côté, ils font figure d’amateurs, non ?

Je pense qu’il est trop simple de pleurnicher « Molenbeek, Molenbeek » comme si un bourgmestre battu aux élections était responsable de tout. Je pense qu’il est simpliste de penser que c’est la misère qui pousse automatiquement à la radicalisation. Du fric, ils en ont, les potes de Salah, non ? Je pense que sous couvert de tolérance, on veut bien trop respecter les monothéismes qui sont mortifères. Ce matin, avant même d’apprendre l’horreur, je lisais dans un journal un long papier sur Marc Augé. C’est titré : « Sans croyance en Dieu, on regarderait les hommes » et sous-titré « Dans « la sacrée semaine qui changea la face du monde », Marc Augé écrit une fable courte et roborative sur l’absence de religion ». Above us, only sky…

Je ne sais pas si dans sa cellule de la prison de Bruges, Salah Abdeslam croit encore en Dieu, si le doute parfois le prend. Je ne sais pas ce qu’il croit.

Mais je vois ce qu’il fait. Cela s’inscrit dans la droite ligne de toutes les horreurs perpétrées depuis deux mille ans.

Dieu est mort, il aurait mieux fait de ne jamais exister. Il est mort et il tue. Voilà ce que je pense. Je n’ai qu’une vie. Elle touche à sa fin, je le sais, je l’admets. Je serai mort quand Salah Abdeslam sortira de prison. Mais à cette vie, j’y tiens encore. Et ce que je pense, c’est que tous ces déploiements d’après coup, ces alertes 4 d’attentat imminent décrétées une demi-heure après le second du jour, ces frontières que l’on ferme, avec ces esprits tremblants qui en font autant, cette trouille perceptible qui paralyse toute réflexion intelligente, tous ces experts qui déconnent gravement devant le premier micro ou le premier stylo ou les allures de matamore d’un Premier ministre, bref, que rien de ce cirque ne me protégera en rien mais que tout restreindra mes libertés.

Ce que je pense me vient pêle-mêle et je ne sais pas si dans sa cellule brugeoise, Salah Abdeslam se rend compte mieux que confusément que ce n’est pas le carnage sa victoire, mais ce qu’on nous inflige ensuite.

Le journal extime n°12 – paraît hélas aussi parfois quand ça ne me plaît pas.

P.S. Plantu ayant diffusé son dessin via Twitter, je le lui emprunte. Merci, Jean (c’est son prénom).

L’anniversaire de Jean Le Silfo

Mais non, ce n'est pas son âge...

Mais non, ce n’est pas son âge…

Si vous allez sur sa page Facebook, vous constaterez que Jean Le Silfo est né le 29 février 1932. Il fête donc aujourd’hui ses 84 ans. Ce n’est pourtant que son 21ème anniversaire mais tel est le lot des personnes nées un 29 février.

Jean Le Silfo a beaucoup d’amis et a donc reçu sur son mur aujourd’hui un grand nombre de messages de félicitation pour son anniversaire.

Il me charge de remercier à son tour tous ces amis empressés, moi qui suis né le 4 septembre 1947, comme je l’ai déjà avoué dans mon blog 2015 qui s’orne d’ailleurs en frontispice d’une photo de la station 4 septembre du métro parisien. J’ai donc quinze ans et demi de moins que Jean Le Silfo, et si certes il force un peu le trait en se présentant sous les traits d’un dinosaure, je peux vous assurer que la différence d’âge ne se voit pas: on le dirait sexagénaire, exactement comme moi. Moi qui suis journaliste et qui ai écrit si souvent sous des pseudonymes, ainsi qu’il apparaît à la lecture de ma biographie autorisée.

Ceux qui soupçonneraient Jean Le Silfo de n’être qu’un avatar pourraient imaginer aussi que Silfo est le verlan de fossile et que ce Jean-là a des fils facétieux et impertinents. Les miens sont trop bien élevés pour choisir un sobriquet pareil pour leur vieux papa.

Le 4 septembre, Jean Le Silfo aura la plume ici-même pour répondre.

Le journal extime n°10 – paraît au moins tous les 29 février.

Lettre ouverte à Fleur Pellerin

Mon ami vous le dit: quelle chance de ne pas l'avoir encore lu!

Mon ami vous le dit: quelle chance de ne pas l’avoir encore lu!

Madame,

Je n’ai pas le plaisir de vous connaître personnellement, mais je me permets de vous écrire cette lettre ouverte (je vous en enverrai une autre sous pli fermé et personnel) parce que vos déclarations, en quittant le ministère de la Culture, m’ont touché. La République, c’est vrai, peut donner sa chance à une enfant née dans un bidonville et adoptée par une famille toute simple où les intellectuels ne sont pas légion. Dans ces circonstances-là très précisément, vous auriez pu être ma fille et cela explique sans doute cette émotion que j’ai ressentie. Je me suis rappelé avoir écrit un billet quand la bien-pensance a grondé à propos d’une ministre qui n’avait même pas lu Modiano alors que celui-ci venait d’être nobélisé. En voici un extrait.

Je suis un lecteur avide. J’aime lire. Je lis beaucoup. Je ne me sens pas heureux si je n’ai pas, dans ma bibliothèque, quelques livres d’avance encore vierges de mes yeux. Pire, j’aime la poésie et j’en lis (j’en écris aussi, d’ailleurs). En prime, j’aime Patrick Modiano et même s’il n’a pas révolutionné le roman et si ses livres se ressemblent peut-être un peu trop, je le lis encore. Eh bien la déclaration de Fleur Pellerin,  « Je n’ai jamais lu l’un de ses livres et depuis que je suis ministre, je n’ai plus le temps de lire », ne m’a pas choqué. Il fut un temps dans ma vie où moi aussi, j’ai manqué de temps pour lire. Pendant plusieurs années, je n’ai pour ainsi dire pratiquement rien lu d’autres que des journaux, des rapports ou des mémoires d’étudiant. Je n’avais pourtant pas l’impression de déchoir. J’allais très peu au cinéma, jamais au théâtre ou à l’opéra et encore moins au concert. Non, je n’étais pas ministre, mais journaliste, et mes loisirs, je les consacrais à mes deux plus jeunes enfants, notamment pour leur donner le goût de la lecture et de la poésie, du monde aussi et de la culture en général. En vacances, vite, je compensais un tout petit peu, grignotant de ci de là un roman ou une anthologie, voire me replongeant dans un classique que j’avais aimé. (Je n’ai jamais pu me résoudre à quitter totalement Emma Bovary.)

Le livre a ceci de supérieur (qu’il partage avec la musique) de comporter une part d’abstraction. Le livre et non rien que le roman: imaginer la voix du capitaine Haddock est stimulant. Et le trop-plein de précision du cinéma ne pousse pas à l’empathie nécessaire au peuplement intime des personnages d’un livre. L’empathie est indispensable dans la vie: elle permet de comprendre et de respecter l’autre en se mettant, serait-ce un moment, à sa place. La culture ne peut se résumer à une consommation, quelle qu’elle soit, et même à celle des romans de Modiano ou d’autres prix Nobel. La culture est multiforme et personne ne peut se targuer d’en posséder une qui soit universelle. L’important est qu’elle aide à se construire, à se déterminer, à réfléchir et même à apprendre à se passer d’elle momentanément.

Durant l’été 2014, en Bretagne, mon ami Éric, lui aussi dévoreur de bouquins, m’a offert un roman qu’il aimait et la dédicace manuscrite qu’il a laissée en page d’accueil m’a touché: « Quelle chance de ne l’avoir pas encore lu! ».

Par courrier privé, Madame, je vous donnerai quelques détails qui ne regardent pas l’univers entier car ils sont du ressort de la vie privée et même vous et moi, personnages publics chacun à notre échelle, la vôtre plus haute et plus glorieuse, avons droit à choisir ce que l’on ne dit pas. Et je joindrai un roman de Modiano à mon envoi non pas pour vous donner une leçon que vous ne méritez pas mais parce que j’aime partager ce que j’aime avec les gens que j’apprécie.

Veuillez, Madame, agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs, …

Le journal extime n° 9 – paraît quand bon me chante.

Le lendemain de la mort de David Bowie

Au Panthéon, et en vitesse, cocher!

Au Panthéon, et en vitesse, cocher!

L’avantage avec les morts c’est qu’on ne peut pas se tromper. Ils ont tous été formidables, marqué leur époque en annonçant la suivante et l’immortalité qu’on leur prédit est bien peu à côté de ce qu’ils méritent.

Nous avons eu Delpech, Boulez et Galabru; nous héritions hier de David Bowie et aujourd’hui, de Ravi Shankar, mort une seconde fois sur les réseaux sociaux. Les plus sarcastiques se demandent qui va suivre.

Je reste néanmoins ébahi face au déferlement mondial qui a suivi l’annonce du décès de David Bowie. Qu’il s’agissait d’un artiste d’une certaine ampleur, je l’admets. Et tout le monde ne peut pas mourir au surlendemain de la sortie de son dernier disque, j’en suis conscient. Mais tout de même! Drôle d’époque que celle qui voit Ziggy Stardust être devenu consensuel et faire l’unanimité…

Le record du monde des présences aux funérailles est toujours détenu par Victor Hugo: on estime que deux millions de personnes ont suivi sa panthéonisation immédiate. La lecture des journaux, l’écoute des télévisions et des radios et la navigation sur l’internet m’incitent à penser qu’il va être battu. Ou alors après-demain David Bowie sera-t-il déjà oublié. Dans sa mort comme dans la mort en général, après tout, nous sommes tous des absolute beginners…

Le journal extime n° 4 – frappe moins souvent que la mort.

Nécrologies

Cimetière militaire français en Hainaut belge. On peut mourir partout.

Cimetière militaire français en Hainaut belge. On peut mourir partout.

En ce début d’année (et à la veille du premier anniversaire de la tuerie à Charlie Hebdo), la mort frappe quelques célébrités françaises: dans l’ordre chronologique, Michel Delpech, Michel Galabru et Pierre Boulez.

J’aimais bien les trois. Delpech a commis beaucoup de daubes mais je lui pardonne tout pour « Le Chasseur » et surtout pour « Le Loir-et-Cher ». Michel Galabru a tourné beaucoup de navets mais je lui pardonne tout pour quelques rôles miraculeux, drôles ou poignants. Pour Pierre Boulez, je n’ai rien à lui reprocher; ce que j’ai à déplorer, c’est que ce géant de la musique contemporaine, compositeur intéressant, chef d’orchestre remarquable et pédagogue de premier plan, n’a reçu qu’une couverture médiatique modeste, qui n’a pas été le quart du dixième du déferlement style tsunami que les deux autres ont déclenché comme si le second était une réplique du premier.

Je m’abstiens de moraliser. La hiérarchie journalistique répond à tant de critères… Il vaut mieux mourir un jour creux et avoir eu son nom au box office, tout en disparaissant soit trop jeune comme Delpech soit très vieux comme Galabru. Pierre Boulez aurait dû attendre une quinzaine d’années pour espérer à 105 ans que le handicap de notoriété soit compensé par l’âge canonique. Jean Cocteau avait commis une erreur du même style en disparaissant le même jour qu’Édith Piaf. Et pour ce qui concerne les jours creux, le détenteur du record du monde reste Eddy Merckx, qui a gagné son premier Tour de France le jour où Neil Armstrong posait sa semelle sur la Lune. Pensez: trente ans que la Belgique attendait un successeur à Sylvère Maes… (Tiens, au fait, cette année, cela va faire quarante ans que le même pays attend un successeur à Lucien Van Impe.)

Le journal extime n°2 – ne paraît pas automatiquement même quand des stars s’éteignent.