L’anniversaire de Jean Le Silfo

Mais non, ce n'est pas son âge...

Mais non, ce n’est pas son âge…

Si vous allez sur sa page Facebook, vous constaterez que Jean Le Silfo est né le 29 février 1932. Il fête donc aujourd’hui ses 84 ans. Ce n’est pourtant que son 21ème anniversaire mais tel est le lot des personnes nées un 29 février.

Jean Le Silfo a beaucoup d’amis et a donc reçu sur son mur aujourd’hui un grand nombre de messages de félicitation pour son anniversaire.

Il me charge de remercier à son tour tous ces amis empressés, moi qui suis né le 4 septembre 1947, comme je l’ai déjà avoué dans mon blog 2015 qui s’orne d’ailleurs en frontispice d’une photo de la station 4 septembre du métro parisien. J’ai donc quinze ans et demi de moins que Jean Le Silfo, et si certes il force un peu le trait en se présentant sous les traits d’un dinosaure, je peux vous assurer que la différence d’âge ne se voit pas: on le dirait sexagénaire, exactement comme moi. Moi qui suis journaliste et qui ai écrit si souvent sous des pseudonymes, ainsi qu’il apparaît à la lecture de ma biographie autorisée.

Ceux qui soupçonneraient Jean Le Silfo de n’être qu’un avatar pourraient imaginer aussi que Silfo est le verlan de fossile et que ce Jean-là a des fils facétieux et impertinents. Les miens sont trop bien élevés pour choisir un sobriquet pareil pour leur vieux papa.

Le 4 septembre, Jean Le Silfo aura la plume ici-même pour répondre.

Le journal extime n°10 – paraît au moins tous les 29 février.

Lettre ouverte à Fleur Pellerin

Mon ami vous le dit: quelle chance de ne pas l'avoir encore lu!

Mon ami vous le dit: quelle chance de ne pas l’avoir encore lu!

Madame,

Je n’ai pas le plaisir de vous connaître personnellement, mais je me permets de vous écrire cette lettre ouverte (je vous en enverrai une autre sous pli fermé et personnel) parce que vos déclarations, en quittant le ministère de la Culture, m’ont touché. La République, c’est vrai, peut donner sa chance à une enfant née dans un bidonville et adoptée par une famille toute simple où les intellectuels ne sont pas légion. Dans ces circonstances-là très précisément, vous auriez pu être ma fille et cela explique sans doute cette émotion que j’ai ressentie. Je me suis rappelé avoir écrit un billet quand la bien-pensance a grondé à propos d’une ministre qui n’avait même pas lu Modiano alors que celui-ci venait d’être nobélisé. En voici un extrait.

Je suis un lecteur avide. J’aime lire. Je lis beaucoup. Je ne me sens pas heureux si je n’ai pas, dans ma bibliothèque, quelques livres d’avance encore vierges de mes yeux. Pire, j’aime la poésie et j’en lis (j’en écris aussi, d’ailleurs). En prime, j’aime Patrick Modiano et même s’il n’a pas révolutionné le roman et si ses livres se ressemblent peut-être un peu trop, je le lis encore. Eh bien la déclaration de Fleur Pellerin,  « Je n’ai jamais lu l’un de ses livres et depuis que je suis ministre, je n’ai plus le temps de lire », ne m’a pas choqué. Il fut un temps dans ma vie où moi aussi, j’ai manqué de temps pour lire. Pendant plusieurs années, je n’ai pour ainsi dire pratiquement rien lu d’autres que des journaux, des rapports ou des mémoires d’étudiant. Je n’avais pourtant pas l’impression de déchoir. J’allais très peu au cinéma, jamais au théâtre ou à l’opéra et encore moins au concert. Non, je n’étais pas ministre, mais journaliste, et mes loisirs, je les consacrais à mes deux plus jeunes enfants, notamment pour leur donner le goût de la lecture et de la poésie, du monde aussi et de la culture en général. En vacances, vite, je compensais un tout petit peu, grignotant de ci de là un roman ou une anthologie, voire me replongeant dans un classique que j’avais aimé. (Je n’ai jamais pu me résoudre à quitter totalement Emma Bovary.)

Le livre a ceci de supérieur (qu’il partage avec la musique) de comporter une part d’abstraction. Le livre et non rien que le roman: imaginer la voix du capitaine Haddock est stimulant. Et le trop-plein de précision du cinéma ne pousse pas à l’empathie nécessaire au peuplement intime des personnages d’un livre. L’empathie est indispensable dans la vie: elle permet de comprendre et de respecter l’autre en se mettant, serait-ce un moment, à sa place. La culture ne peut se résumer à une consommation, quelle qu’elle soit, et même à celle des romans de Modiano ou d’autres prix Nobel. La culture est multiforme et personne ne peut se targuer d’en posséder une qui soit universelle. L’important est qu’elle aide à se construire, à se déterminer, à réfléchir et même à apprendre à se passer d’elle momentanément.

Durant l’été 2014, en Bretagne, mon ami Éric, lui aussi dévoreur de bouquins, m’a offert un roman qu’il aimait et la dédicace manuscrite qu’il a laissée en page d’accueil m’a touché: « Quelle chance de ne l’avoir pas encore lu! ».

Par courrier privé, Madame, je vous donnerai quelques détails qui ne regardent pas l’univers entier car ils sont du ressort de la vie privée et même vous et moi, personnages publics chacun à notre échelle, la vôtre plus haute et plus glorieuse, avons droit à choisir ce que l’on ne dit pas. Et je joindrai un roman de Modiano à mon envoi non pas pour vous donner une leçon que vous ne méritez pas mais parce que j’aime partager ce que j’aime avec les gens que j’apprécie.

Veuillez, Madame, agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs, …

Le journal extime n° 9 – paraît quand bon me chante.

La guerre du nénufar

T'es qui, toi?

T’es qui, toi?

On me somme de prendre position dans ce qui est généralement appelé la guerre du nénuphar selon les uns ou du nénufar selon les autres, et c’est là tout le problème.

Ah, le nénuphar si joli avec son exotique ph…

Il y a dans nénuphar
Tout un mystère dont le fard
Se cache dans ces deux lettres
Qu’il ne faudrait pas omettre

Pas du tout, c’est un mot arabe, il faut faire comme Proust, le célèbre père de la madeleine, écrire nénufar…

C’est au beau mois de safar
Que j’aime les nénufars
Que reflète le miroir
Des eaux paisibles du soir

Je ne départage personne. En voulez-vous une preuve? Regardez la photographie. C’est un lotus.

Lotus ou nénuphars qui ornez les étangs
Les hommes en passant ne savent quel miracle
Vous fait terre et bateau et cherchent en peignant
À fixer pour toujours ce fragile spectacle

Les nymphéas sont des nénufars. Ou devrais-je écrire que les ninféas sont des nénuphars?

Vous avez entre les mains (tout est symbole) le numéro 8 du journal extime. Le neuf? Quand bon me semblera. Mais je vous préviendrai.