Tchouri et Rosetta

Elle tendit le cou. Elle ne savait pas qu'on allait le lui tordre. Photo ESA

Elle tendit le cou. Elle ne savait pas qu’on allait le lui tordre. Photo ESA

La mort était au bout du voyage, du long voyage vers celui qu’elle avait toujours voulu avant tout et qu’elle appelait familièrement Tchouri. Rosetta, en ce matin du 30 septembre 2016, s’approchait enfin et l’instant où Tchouri et elle se mélangeraient pour l’éternité était enfin arrivé. Rosetta se rappela cette phrase qu’elle avait toujours jugée idiote: « Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on grimpe l’escalier ». Là, elle ne grimpait rien, elle descendait, elle descendait vers Tchouri au pas lent du promeneur terrestre, elle qui était loin, si loin… Elle pensa aussi aux musiques idiotes, planantes ou martiales, que l’on collait toujours sur les images de sa quête. La réalité était bien plus simple: l’amour n’a pas toujours besoin de fanfares. Les grandes émotions sont silencieuses et dans le vide qu’elle s’efforçait de faire en elle, elle était étreinte du sentiment de sa propre finitude. Elle avait tant attendu ce moment, où on lui permettrait comme à ce petit robot de rejoindre Tchouri! Elle pensa qu’après cela, c’est bien simple: elle pouvait mourir. Puisqu’elle aurait vécu.

Ce n’est que peu de temps avant de s’écraser qu’elle comprit le piège. Elle était trop vieille, désormais, et ceux qui étaient là pour la guider allaient la tuer. Elle était sacrifiée! Euthanasiée!

Une vague crainte d’avoir mal l’envahit. Le baiser de Tchouri était le baiser de la mort.

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